Journal de Diversité Praxis

Volume I, Numéro 2
1er Trimestre 2004


Le Monde du Travail (Contexte)

Dans cet article, Diversity Praxis aborde les problèmes contextuels se présentant de nos jours au monde des affaires et aux particuliers. Ceux-ci s'étendent de la globalisation aux changements rapides, à l'incertitude, à l'anxiété et à l'aliénation. Nous examinerons régulièrement les questions de réorganisation, d'immigration et de multiculturalisme.

Religion sur le Lieu de Travail: Diversité Religieuse & Pluralisme Ethique.
Un plaidoyer de la laïcité et des Valeurs du Siècle des Lumières pour la Vitalité sur le Lieu de Travail
L'Affaire Française du 'Port du Voile'

par Gary Y. Adkins
Global Diversity Institute


Le 6 février 2004, la voix de l'interphone à bord du Vol 34 de l'American Airlines reliant Los Angeles à New York s'identifia comme celle du pilote. Il demanda à tous les Chrétiens à bord de lever la main. Il suggéra ensuite aux autres passagers d'interroger durant le vol ceux qui s'étaient identifiés comme Chrétiens. Beaucoup eurent peur, inquiets de leur sécurité après qu'on leur ait demandé de discuter librement de leur religion. S'agit-il d'une anecdote excentrique dans une tranquille société laïque exempte d'évangélisation religieuseÊ? Malheureusement pas - pas au travail, à l'école ou chez votre médecin.

Utilisons la méthodologie perturbation-mise en contexte-élaboration du GDI pour perturber le relativisme religieux (tout est permis) lorsque l'on relate historiquement (mise en contexte) les origines de la laïcité dans la société (et les entreprises) et élaborons ensuite, à partir du débat actuel sur le port du voile en France, une proposition destinée aux entreprises basées aux Etats-Unis.

Intolérance religieuse et Laïcité

La religion et les identités religieuses, à l'inverse des identités personnelles telles que le sexe, la race, la sexualité, le revenu, la classe sociale, l'âge, l'ethnicité ou les capacités, constituent une théorie de la réalité et une théorie des valeurs. Toutes les religions prétendent être "la voie"ou "le chemin". Elles prétendent toutes détenir la vérité absolue, la réalité ultime ou la bonne manière de vivre. Jésus, par exemple, ditÊ: «Je suis la voie». La religion cherche à harmoniser la manière de vivre avec le déroulement de l'univers ou de la vie.

Inversement, l'identité raciale ou sexuelle d'une personne est le fruit d'un récit ou d'une valeur sociale, généralement due à un repère biologique tel que la couleur, qui construit et vous donne une identité. La société donne une valeur ou une signification, qu'elle soit positive ou négative, à votre place dans l'échelle sociale, que vous l'utilisiez ou non. Mon identité raciale ou sexuelle n'est essentielle que lorsqu'on la demande ou on l'attaque1 . Elle ne permet pas de définir la personne. Elle n'essaie pas de convertir ou recruter - comme vous convertir à ma race ou ma sexualité. Je ne veux pas vous rendre noir ou blanc comme moi. Si je prenais mon identité pour supérieure à une autre, ce serait vu comme un acte de préjudice et serait une "idéologie"- chose que nous ne pouvons tolérer. Pourtant, avec la religion c'est différent. Il s'agit d'une vision globale de la vie humaine et de l'univers; elle cherche bien à convertir, à 'sauver'. Elle concerne tous les niveaux de la morale -pas seulement votre place dans la hiérarchie sociale. Par conséquent, nous devons perturber l'idée que l'identité religieuse d'une personne est la même que son identité sociale et biologique.

Adopter la diversité humaine au sein d'une entreprise tient compte de la contribution de chacun, incluant la perspective que vivre avec notre identité doit profiter, fructifier. Cependant, l'organisation de l'entreprise est agnostique pour ce qui est des questions plus vastes (morales et philosophiques) telles que qu'est-ce que la "bonne vie"et qu'est-ce qu'une "société juste"applicable à tous (l'universelle) - questions qui sont au cÏur de la 'morale'. Les religions cherchent à répondre à ces questions, pas les entreprises. Les entreprises sont amorales, en ce sens qu'elles séparent les faits et la réalité objective des valeurs économiques et sentimentales (les questions morales ci-dessus) pour l'individu en toutes (universel) circonstances. A la place de la morale repose une série de valeurs, une manière d'envisager les affaires et un besoin de citoyenneté dans la compagnie qui guide les comportements et décisions prises par ses employés. Sans ce système et cette vision éthique, il y a un vide, et les hommes abhorrent le vide. Ils le combleront de leurs propres valeurs et comportements. Aujourd'hui, il s'agit de plus en plus de religion.

Examinons (mise en contexte) dès lors le rôle de la religion dans la compréhension de la valeur éthique de la tolérance et du respect, cruciale pour les diverses forces de travail actuelles. Par la même occasion, examinons les défis actuels pour 're-moraliser' le monde du travail sans abandonner la laïcité.

Le nouveau manuel scolaire de Perez Zagoran2 sur la montée de la tolérance religieuse en occident explore le problème historique de l'intolérance religieuse et dit: "De toutes les grandes religions du monde passées et présentes, le Christianisme est de loin la plus intolérante."Il continue en écrivant que: "cette affirmation peut paraître choquante, mais est néanmoins vraie. Bien que Jésus Christ, le fondateur Juif de la religion Chrétienne, soit considéré dans le Nouveau Testament comme un prophète et un sauveur qui prêcha l'amour réciproque et la non-violence à ses disciples, l'Eglise chrétienne fut une institution extrêmement intolérante durant une grande part de son histoire. Depuis son commencement elle a été intolérante vis-à-vis des autres religions non Chrétiennes. Tout d'abord le polythéisme Gréco-romain, ensuite le Judaïsme, duquel elle a du se séparer, et plus tard l'Islam. Dès le débutÉ elle devint également de plus en plus intolérante vis-à-vis de l'hérésie et des hérétiques, ces personnes qui, bien qu'adorateurs du Christ, s'écartaient de la doctrine orthodoxeÉ"3 Le mot hérésie vient du grec hairesis qui signifie le choix, ou l'acte de choisir. Par conséquent, le pêché de faire un choix autre que la foi orthodoxe fut persécuté depuis l'avènement du monothéisme, en particulier le Christianisme. Il continue, déclarant que, sans se soucier d'un régime Protestant ou Catholique, la persécution et la mort de dizaines de milliers de personnes accusées d'hérésie eurent lieu au nom de Dieu. Des guerres, croisades et inquisitions furent déclenchées sur ceux qui auraient pu se considérer comme de vrais Chrétiens, mais d'autres pensaient autrement - qu'ils étaient, en fait, des hérétiques. Persécuter l'hérésie au nom de l'orthodoxie est, en bien des égards, un prélude au groupement de la pensée et la conformité rigide/hiérarchique. Si la rigidité concerne l'orthodoxie, alors rechercher la vitalité organisationnelle est rechercher l'hétérodoxie alors que le chaos concerne le nihilisme.

L'hérésie était considérée comme une maladie, une infection contagieuse du corps politique Chrétien, dangereuse pour l'ordre social, pour la paix et notre salut collectif. Le spécialiste R.I. Moore fit remarquer que les scribes médiévaux épluchaient le langage de la maladie pour décrire métaphoriquement l'hérésie. On l'appelait peste, cancer, infection, contagion, poison mortel, et elle était comparée à la lèpre. Le discours de l'hérésie en tant que maladie devint un modèle complet pour dépeindre l'hérésie et son fonctionnement, justifiant la peine de mort. En fait, ce langage et récit de maladie est avant-coureur de beaucoup des préjudices de la vie moderne, que ce soit le racisme, le sexisme ou l'homophobie, et leurs aberrations.

De nos jours, on remarque que le même phénomène se produit chez les Islamistes fondamentalistes politisés (également appelés "Islamistes", par opposition à Musulman ou croyant en l'Islam) tels que Ben Laden, dans la confrérie Musulmane, chez les fondamentalistes Hindous en Inde et chez les fondamentalistes extrémistes (et Sionistes) Juifs en Isra‘l ainsi que chez les fondamentalistes Chrétiens aux Etats-Unis. Qu'est-ce qui confère à toutes ces identités religieuses le militantisme, l'orthodoxie et l'intolérance? En quoi cela cadre-t-il avec la laïcité et notre adoption de la diversité humaine, y compris le pluralisme religieux ou la liberté religieuse sur le lieu de travail?

A un niveau fondamental, nous devons nous poser la question que William Cook publia récemment dans le magazine CounterPunch4, "laquelle des fois monothéistes a l'oreille de DieuÊ? Lequel des divers interprètes de la vérité - pasteurs, rabbins, mollah - recueille la 'vraie interprétation' des textes prétendus 'sacrés' contenant les indications de Dieu envers ses créaturesÊ?". On ne manque pas de nos jours d'orateurs religieux qui affirment détenir la réponse. Que ce soit Pat Robertson, Oussama Ben Laden, Jerry Falwell, le pasteur Hagee ou Effi Eitan, chacun de ces 'orateurs de la foi' influence des milliers de personnes de par le monde qui croient que ces personnes parlent de concert avec Dieu et en son nom. A leur tour, ils prêchent leur vérité aux autres. Et eux aussi vont au travail.

De peur de vous faire croire qu'hérésie et inquisition appartiennent au passé, laissez moi vous en donner quelques exemples contemporains. Qu'il s'agisse de l'usage du Livre des Révélations de la Bible du pasteur texan Hagee pour maudire la foi Islamique et nous convier à la balayer de la surface de la terre ou qu'il s'agisse d'Oussama Ben Laden, qui dit dans sa Lettre à l'Amérique (24/11/2002) "nous imposerons notre religion à l'Amérique - Dieu le veut. La Nation Islamique méprise votre air hautain et votre arrogance", ce sont clairement des actes d'intolérance. Ou encore, en Isra‘l, où un des alliés de Sharon (par ex. Eitan) clame haut et fort que les Palestiniens "ne sont pas des gens ordinaires, mais de petites gens non circoncis et diaboliques alors que les Juifs sont bénis et vont venir se venger contre leur terrible fléau". En outre, il dit: "quiconque désobéit à un rabbin mérite la mort et sera, en guise de punition, ébouillanté d'excréments brûlants en enfer ". Vous avez dit inquisition?

William Cook écrivit que 'malheureusement, de nos jours, toutes les fois monothéistes sont entrées dans la bataille épées tirées, sabres au clair et la haine dans le regard'.5 Chacun parle avec la conviction absolue de sa croyance. Et étant donné que chacun des textes sacrés est écrit dans une langue ancienne qui utilise des mots abstrus et des images datant de 1500 à 2500 ans, correspondants à l'époque agraire à laquelle ils furent écrits, on peut les interpréter de multiples manières. En conséquence, ces orateurs deviennent les canaux de la signification; ils filtrent et interprètent la 'parole' pour le reste d'entre nous. Les récits métaphoriques de ces anciens textes furent initialement conçus pour représenter l'interaction des tribus et des forces de la nature, comment vivre en communauté avec les réalités sociales, économiques et politiques des sociétés tribales, et comment gérer le monde intime de la psychologie humaine. Il n'y a pas une façon unique de les appliquer aux réalités contemporaines de la science et de la technologie, et à des centaines d'années d'évolution politique et économique - plutôt, la foi est une entreprise considérée comme profondément personnelle. Pourtant, les textes sacrés ont été remaniés par ces orateurs de notre époque des technologies de l'Internet, des ordinateurs, de la bioingénierie et des voyages spatiaux.

Les fanatiques religieux apportent peu au nom de l'humilité, la révérence, la gentillesse, la charité, le pardon, la foi ou l'amour mais ils apportent plutôt arrogance, hypocrisie, diatribe, complaisance, condamnation, terreur et haine. Ils transforment canifs en épées, action en destruction. Bien que représentant une petite minorité de croyants qui y trouvent refuge, ils en influencent beaucoup en terme d'incertitude, de peur et d'insécurité. Rappelez-vous qu'il en faut peu pour faire la guerre, mais beaucoup pour faire la paix. Et notre époque est justement un âge d'incertitude, de peur et d'insécurité.

La religion n'est pas tolérante par nature, particulièrement lorsque plus d'une personne prétendent avoir accès à l'unique vrai Dieu et à l'unique vraie interprétation. Il existe plus de 9089 religions dont 19 religions majeures. Et beaucoup sont divisées sur la bonne ou 'vraie' manière. Par exemple, on dénombre 34 000 groupes Chrétiens, plus de 200 sectes Bouddhistes, et de multiples sectes Islamiques (par ex. Sunnite, Chiite, Sufi, Taliban, Wahabi, etc.). Une telle diversité nécessite la séparation de l'Eglise et de l'état, la séparation séculière des principes organisationnels des croyances morales. C'est pourquoi les entreprises sont amorales ou agnostiques et c'est pourquoi Thomas Jefferson assimile la religion organisée à une menace pour la démocratie.

Cet écart à la théocratie (fusion de l'église/religion avec l'état) pour la séparation séculière de la moralité de l'individu de la moralité publique de l'entreprise (voir ci-dessous) constitue l'apport majeur de la laïcité, de l'humanisme et du Siècle des Lumières. Au lieu de croyance et de la foi, le Siècle des Lumières prône la raison, une attitude critique envers l'autorité (d'où la créativité), le consentement, l'humanisme, le bénéfice de la science, un univers régit par les lois de la nature, la tolérance, la liberté de penser et le bonheur personnel. Sa devise était "Ose savoir - ait le courage d'utiliser ta propre raison". En dépit des problèmes historiques entourant son application, les principes de tolérance du Siècle des Lumières, comme toutes les valeurs, orientent nos jugements avant que nous ne les posions. Ils guident nos investigations, nos décisions et notre pensée.

Pourquoi une Montée de l'Identité Religieuse -
Incertitude, Anomie et la Politique de la Terreur.

On dit que les religions, tout comme les organisations politiques, ne peuvent vivre sans ennemis. Que ce soit avec l'image de Satan, les sorcières et les hérétiques dans le passé, ou l'Union Soviétique et le communisme durant le 20ème siècle, ou le terrorisme de nos jours comme certains le disent, la peur maintient la foule dans la crainte de ' l'excommunication' et donc de devenir sans défense. Cette politique de terreur est très dérangeante pour les organismes requérant de l'énergie humaine, de la créativité et de l'innovation. Elle prône une psychologie de siège et non de générosité, de terreur et non de joie, de désillusion et non de féerie. Elle prône la conformité et la rigueur d'un côté et l'égoïsme chaotique de l'autre. "Quand Rome est en danger, toutes les différences internes sont oubliées"d'un côté, et "par où est la sortieÊ?"de l'autre.

L'époque Moderne connut un pluralisme et une incertitude croissante qui ont mené au scepticisme, à l'indifférence et au relativisme. Dans notre monde actuel de militantisme religieux nous assistons à une quête pour re-moraliser le monde moderne, pour ouvrir la voie à une nouvelle ère telle que celle qui donna naissance aux textes sacrés originels. Son dessein semble être de réconcilier la morale avec le rationnel, si pas également avec l'essence sentimentale et sensuelle des choses. La scission de l'époque Moderne entre religion et science a laissé un manque à combler en beaucoup d'entre nous, vide qui est comblé par une morale absolutiste, et qui trouve sa voie sur le lieu de travail, dans les écoles et les lieux publics.

Lorsque débuta l'ère Moderne après le 16sup>ème siècle et qu'elle s'exprima sur le plan politique avec les révolutions du 18ème siècle, la vie pré moderne, faite de certitudes, d'une religion, d'une loi et d'un monarque unique, bascula en choix, incertitude et en doute qui causèrent leur lot d'anxiété. Du début de l'ère industrielle jusqu'à la moitié du 20ème siècle, un monde assimilationniste, basé sur la conformité et où la science et le progrès ne pouvaient être récusés, supplanta cette incertitude. Le modèle hiérarchique vertical des organisations durant la guerre froide procura à certains de la certitude sur ce que vous étiez ('nous') par opposition à 'eux' et cela donna à beaucoup un sentiment de sécurité, malgré les dangers.

L'époque actuelle post industrielle de globalisation, de monétarisation implacable de la vie et l'inexorable évolution du marché de l'emploi, la recrudescence des choix, et les attaques des sociétés traditionnelles par la globalisation (par exemple les anciens territoires coloniaux du 'tiers monde') ont donné naissance à un élan fondamentaliste, voire une quête existentialiste et du sens des valeurs dans la vie sociale et professionnelle. Ce désenchantement causé par la vie moderne et le travail est accéléré par la notion problématique de progrès et de causalité dû aux 'avancées' continuelles de la science. C'est comme si les causes, buts et valeurs étaient exclus de l'univers physique - une pierre tombe à cause de la gravité, pas parce que c'est dans sa nature de se diriger vers le bas (Platon), les espèces progressent et évoluent suite à la sélection naturelle et pas selon la volonté de Dieu (Darwin). L'âge scientifique moderne fit éclater ce qui jusqu'alors formait un tout: fait et valeur, quête d'une 'bonne vie' et explication scientifique du but de la vie. L'avènement de la perte de repères et d'incertitudes insidieuses propres au monde Moderne remplaça d'anciennes certitudes reçues de textes sacrés. Le modernisme naquit dans le doute. Cohésion et cohérence étaient perdus.

Les tentatives de la science pour reconquérir la certitude, comme avec les mathématiques, sont une quête continue sans possibilité de finalité. Il en découle un retour désiré vers une certitude religieuse ou ethnique. Une crise d'identités donna naissance à une affirmation de soi et au militantisme religieux (pour plus à ce sujet voir mon livre Diversité au-delà des Nombres) comme on en n'avait pas vue depuis la venue de l'urbanisation et l'industrialisme.

Valeurs, Ethique et Pluralisme en Entreprise.

Cette anomie, ou confusion et vide que nous ressentons dans la vie contemporaine fut amenée non seulement par une approche rationnelle et scientifique du monde, mais également par des carrières de toute une vie et un travail constructif. Ce dernier ne s'est pas produit - comme mentionné précédemment, les religions sont scindées en près de 10 000 (Encyclopédie Mondiale Chrétienne). La quête contemporaine d'un sens au travail est tourmentée par la crainte d'une restructuration constante avec ses pertes d'emploi et l'obsolescence des compétences technologiques. Les gens recherchent la morale - une réponse universelle aux questions de ce qui est bon et juste pour tous, comme pour la justice. Ils recherchent de même des réponses aux questions évaluatives de qu'est-ce qui a une valeur dans la vie et au travail. Ils débattent de qui on est et qui on veut être selon la vie idéale - ce sont des considérations éthiques sur ce qui nous est approprié dans la mesure où nous faisons partie d'une collectivité spécifique avec son histoire unique. Mais dans le pluralisme de la vie moderne, on ne peut répondre au "comment devrais-je vivreÊ? "une bonne fois pour toutes.

Dans le monde complexe et pluraliste d'aujourd'hui, la recherche d'une justice a eu pour effet la reconstruction du point de vue moral, où les affirmations peuvent être jugées honnêtement et impartialement. C'est également vrai au travail. Cela demande le dialogue, cela demande le débat, cela demande une procédure d'argumentation et d'accord moral. Ceci signifie que nous devons nous identifier l'un l'autre, reconnaître que nous sommes vulnérables et réciproques dans notre dialogue, que nous avons besoin de respect mutuel pour préserver l'intégrité de l'individu et la toile de relations interpersonnelles qui forme notre entité. Cette quête morale pour la justice doit être codifiée dans la culture de l'entreprise, dans son projet constitutionnel d'éthique et de finalité. Sans cela, le vide mentionné ci plus haut exigera l'apport de la moralité de mon, ou mes pasteurs, rabbins, ou mollahs au travail.

Les entreprises ne sont plus seulement des associations instrumentales de choses dans un but de profit, mais des organismes sociaux vivant constitués de personnes ayant des intérêts multiples et parfois contradictoires (clients, employés, communautés, actionnaire ou mécène, et fournisseurs). Les entreprises sont de 'petites sociétés' où des aptitudes citoyennes telles que la tolérance civique, y compris la liberté religieuse, peuvent être approfondies. C'est aussi au travail que les citoyens de chaque pays passent le plus clair de leur temps hors de la maison. Et c'est principalement au travail que nous apprenons et enseignons après l'éducation de base. Au travail, l'autonomie de l'individu est conceptualisée dans la relation à notre forme de vie partagée, au bien commun, au social et non dans l'égocentrisme. C'est là, dans les organisations, que nous avons l'opportunité d'envisager un espace laïque basé sur les valeurs morales (indépendamment de la religion) du respect humain, de l'intégrité et de la justice.

Les valeurs nous servent de ciment comportemental. Si nous nous considérons l'un l'autre en tant que calculs coût-bénéfice au lieu de comme des partenaires créatifs en collaboration, alors ce manquement moral est facilement comblé par l'insolence, la méchanceté gratuite et des jeux pervers ou encore avec des préjugés et discrimination. L'éthique se comporte comme les valeurs de chacun (ou de l'organisation). L'éthique d'entreprise consiste à trouver le moyen de permettre au respect de s'épanouir entre les personnes grâce à la pratique de nos valeurs. La pratique nous permet de comprendre vraiment nos valeurs. Comme avec n'importe quelle compétence, on doit d'abord être éduqué et entraîné à notre système éthique et aux valeurs qui y sont arrimées. Ensuite, comme dans l'apprentissage d'une religion ou d'une compétence, nous devons les pratiquer comme se font la prière, la méditation Bouddhiste, ou le Yoga dans la religion. S'efforçant en permanence d'atteindre l'idéal du système éthique et des valeurs pour tous les employés signifie un dialogue continu et la pratique de ces valeurs en prévision de dégradations futures. Cela évite aux insolents et aux pervers de s'extérioriser.

La montée de la distinction entre une moralité publique et privée, comme dans la laïcité, doit beaucoup à la croissance du pluralisme et de valeurs pluralistes, de la tolérance religieuse et de la liberté intellectuelle. Par exemple, les conflits modernes comme ceux qui entourent l'avortement, l'euthanasie, la sexualité et la patriarchie sont autant d'exemples pluralistes qui ont lieu aujourd'hui. Les entreprises ne prennent pas position dans la plupart de ces conflits. Plutôt, elles sont au-dessus de ces débats, tout en permettant son opinion, croyance ou attitude à chacun de ses employés. Dans le même temps, l'entreprise a l'obligation d'une moralité publique, c'est à dire ce que nous devons aux autres lorsque nous sommes en désaccord avec leurs croyances morales privées. Des exemples sont le respect du droit à l'intégrité, ou ne pas traiter les autres comme un moyen pour arriver à ses fins mais plutôt comme une fin en soi. Nous recherchons un évitement raisonnable de ces offenses au travail via le respect mutuel réglementé par un code de conduite. Une entreprise a légitimement intérêt à protéger et encourager des attitudes, pratiques, institutions, et conditions sociales qui tendent à maintenir une sphère dans laquelle les gens peuvent se respecter mutuellement. Ceci ne peut se faire si des affectations, témoignages ou recrutements religieux ont lieu. Respecter le droit individuel à l'existence d'une identité religieuse sans coercition ou dommage de quelque sorte souligne la moralité publique d'une organisation et sa tolérance envers la moralité privée individuelle. Cela n'autorise pas le manque de respect des individus envers les croyances ou l'être/identité des autres au nom de sa propre moralité privée. Cela signifierait prendre et imposer la moralité privée de quelqu'un au public.

Dès lors, l'enseignement aux employés de la moralité publique de l'entreprise, encodée dans ses valeurs et éthiques, est cruciale - des valeurs telles que le respect, l'honnêteté, l'attention, la responsabilité, l'engagement, la diversité. Autrement, le management est trouble, au nom de la diversité, sur comment manifester de la tolérance envers l'identité religieuse de quelqu'un ou d'autres identités tout en empêchant ces identités de devenir déstabilisantes pour le bien social, pour la moralité publique de l'entreprise. Le premier amendement de la constitution sur la liberté religieuse est un exemple de moralité publique, faire valoir ses croyances contre d'autres pas.

Les entreprises ne sont pas des institutions démocratiques, mais l'éthique et le pluralisme peuvent survivre même dans des systèmes sociopolitiques autoritaires. Les dirigeants d'une entreprise font passer les valeurs et le code éthique à leur personnel. Dans les sociétés démocratiques, c'est le contraire, les gens décident des valeurs que les dirigeants doivent faire respecter. Cependant, les entreprises post-industrielles expérimentent aussi des 'moments' de démocratie dans un système autoritaire, comme dans la prise de décision en équipe et les sessions de projets créatives. Malgré tout, concrétiser les valeurs à la culture et au personnel de l'entreprise nécessite un dialogue constant, de l'éducation et de la pratique. Les séances éducationnelles d'orientation sont le premier endroit où commencer.

Au fur et à mesure que les entreprises, sociétés et organisations deviennent plus complexes, les débats et décisions concernant les valeurs et idéaux de bonne vie de l'association doivent avoir lieu dans un carcan constitutionnel garantissant la liberté individuelle (respect dignité, vote, justice) et le droit de dissension pour cultiver l'identité distinctive de chacun et les contributions à l'équipe. Ceci représente la vision 'morale' dans une institution autrement amorale et réponds à une partie des attentes d'être comblé de certains employés anxieux. A savoir, le discours leadership ne doit pas être enfermé dans un langage de coût bénéfice, mais doit plutôt nourrir et entretenir une perception populaire de justice sociale, inclusion et autonomie. Ce discours fait l'éloge d'une citoyenneté constitutionnelle trempée dans la pratique de la responsabilité sociale, et pas d'un altruisme privatisé et de récits de places de marché, mais plutôt de justice, d'égalité et de réciprocité. Ceci met en avant la balance éthique de l'actionnaire socialement responsable qui nous permet de vivre dans la solidarité d'une perspective de complémentarité, et pas la forme de solidarité isolée de manière ethnocentrique qui 'nous' oppose à 'eux'. C'est une forme générale de volonté, motivant la générosité de la collaboration qui nécessite la confiance, fournit de l'espoir et pas de l'abattement, des valeurs et pas le nihilisme, une éthique à suivre plutôt que des règles à ne pas faire. Cela nécessite de l'encouragement, de l'éducation et de la pratique expansive - sans quoi les gens se retranchent dans des 'vérités' transcendantes qui leur sont données par des orateurs de la foi. Cela améliore les performances de l'organisation ainsi que la vue morale, affranchie de la religiosité et de l'exclusion.

Des études ont montré que les gens vont vers de nouveaux mouvements religieux et sectes pour nouer des relations, pour s'occuper, pour obtenir un sentiment de sécurité et de certitude, et pour se sentir membre de quelque chose de plus grand qu'eux. Les espaces laïques qui englobent la vue morale, basés sur une éthique dictée par des valeurs et codifiés dans un projet constitutionnel, bien qu'ils ne furent pas créés pour faire concurrence aux religions, peuvent procurer une 'espace sûr' de travail constructif, pour créer des relations, se sentir en sécurité, avoir un sentiment d'appartenance, et finalement, pour apprendre la tolérance civique au sujet de divers autres dans nos sociétés morcelées.

L'Affaire Française du 'Port du Voile'-
S'Applique-t-Elle aux Entreprises Américaines?

L'histoire de l'intolérance religieuse et de la montée dans les sociétés d'Europe Judéo-chrétienne moderne de l'idée de tolérance religieuse, de liberté et de pluralisme racontée brièvement ci plus haut est particulièrement significative en France. C'est en France qu'eurent lieu la guerre de 30 ans6 (au 16ème siècle religieux), où le pouvoir de l'Eglise Catholique fut si déterminant dans les affaires publiques. C'est la France qui connut la révolution de 1789 pour une république laïque exempte d'interférence religieuse et pour la liberté religieuse. Contrairement à la révolution des Etats-Unis, la révolution française connut le licenciement des Eglises, l'assassinat de prêtres et la soumission complète des Chrétiens à la laïcité. En 1905, la France alla plus loin dans la codification de cette séparation entre Eglise et Etat, et en 1989 un loi faisant avancer le code de 1905 fut passée déclarant que les symboles religieux ne pouvaient être portés dans des écoles publiques si ils 'constituent un acte d'intimidation, de provocation, de prosélytisme ou de propagande', ou menacent la santé, la sécurité, la liberté d'autrui ou perturbent l'ordre social. C'est semblable à ce que les entreprises américaines ont nommé une politique de tolérance zéro contre l'intolérance. Pourtant, une commission récente réunie par le président Français J. Chirac déclara que ces lois n'étaient plus adéquates étant donné la composition culturelle et religieuse actuelle de la France. La commission Française de leaders religieux, professeurs, politiciens et sociologues déclarèrent qu'il en fallait plus. En France, on revendique son identité Française en premier, les identités religieuses, ethniques ou raciales ensuite. Aux Etats-Unis, d'un autre côté, étant une nation d'immigrés, on revendique nos différences, notre diversité au même pied que notre identité Américaine. L'assimilation a ouvert la voie au pluralisme.

La France connaît de spectaculaires changements démographiques et sociaux. Elle connut par exemple, durant ces trois dernières années, une augmentation dramatique du racisme et de l'antisémitisme. Sa population musulmane est la plus importante en Europe, avec 5 millions sur 58 millions (près de 10%). La commission déclara être "abasourdie de voir que la situation est plus grave qu'on ne le pensaitÉ Le défi aujourd'hui est de faire de la place à de nouvelles religions tout en parvenant à l'intégration et combattant la manipulation politico-religieuse". Ils ont déclaré que le port du voile traditionnel des femmes Musulmane était plus politique que religieux. Ils conclurent que des bandes organisées étaient en train de tester l'état laïc par des exigences auprès des services publics au nom de la religion tout en pressant les Musulmans à s'identifier d'abord à leur foi et ensuite à leur citoyenneté Française. Ils ont déclaré le port du voile 'action de guérilla' visant le cÏur de la république.

C'est un débat qui se poursuit en Europe, et en France même, concernant l'immigration accrue, le pluralisme religieux y compris venant aux prises avec l'Islam, et avec l'expansion de l'Union Européenne. Son but est de réaffirmer le droit traditionnel de l'état de décider de l'influence de la religion sur la vie publique en France. D'éminentes femmes françaises, Musulmanes et non Musulmanes confondues, firent publier une lettre ouverte dans le magazine Elle, demandant le soutien de Chirac et l'interdiction absolue du voile, en accord avec la législation. Beaucoup de jeunes filles Musulmanes font face à la violence et des pressions de la part de leur propre communauté si elles ne portent pas le voile - quelquefois allant jusqu'au viol. Pour cette raison entre autres, la plupart des imams Musulmans modérés ont soutenu Chirac aux côtés des féministes. Les imams les plus orthodoxes et fondamentalistes pas.

La loi ne s'applique qu'au système scolaire de l'état (les écoles publiques). Elle ne s'applique pas à la vie publique, et n'interdit pas non plus des symboles discrets comme des médaillons, de petites croix, Etoiles de David, Mains de Fatima ou de petits Corans. Elle bannit les symboles religieux ostentatoires tels que les larges croix pour les Chrétiens, les foulards pour les filles Musulmanes, et la kippa pour les garçons Juifs. Chirac a déclaré que les écoles de l'état resteront laïques, et pour cela il est nécessaire de légiférer.

Fait révélateur, son cabinet alla plus loin et réclama une loi pour éviter aux patients de pouvoir refuser un traitement par un docteur ou professionnel de la santé du sexe opposé, pour le développement de l'enseignement de faits religieux de base dans les écoles, pour un code de laïcité pour les fonctionnaires à utiliser comme guide sur le lieu du travail, et pour la création d'une agence de contrôle des violations. La loi ordonne également aux étudiants de suivre le cours d'éducation physique et d'accepter ce qui est enseigné sur l'holocauste et la reproduction humaine. Elle exige que les écoles publiques garantissent une égalité totale, y compris l'enseignement mixte généralisé. Enfin, elle décrète l'école comme meilleur outil pour enraciner les fondements de l'idée républicaine. Manifestement, le défi de l'intégration des immigrés dans la société traditionnelle française et l'acculturation des immigrés dans le système de valeurs de la république a atteint des proportions alarmantes. Les Français, comme la plupart des Européens, ont une bonne mémoire et on parle encore de la période de l'entre deux guerres (1929-1939) avec des intentions de "plus jamais ça".

Bon, pourquoi une telle loi maintenant? En déclarant que le fanatisme gagne du terrain, Chirac et le parlement Français ont pris position. Chirac a reconnu que la jeunesse Musulmane Française était aliénée et qu'elle faisait face à une discrimination fondée sur la consonance de leurs noms, si pas leur religion. C'est une reconnaissance de l'échec de la France à intégrer les immigrés Musulmans.

Cependant, les directeurs d'école sont las des étudiants usant de leur religion pour éviter les cours d'éducation physique ou de biologie, mettant en doute la véracité de l'Holocauste, et les classes divisées en communautés religieuses militantes. Non contents de perturber les professeurs qui enseignent l'histoire de l'Holocauste, niant son existence même, les étudiants ont exigé des pauses pour prier au sein des examens classiques du baccalauréat. En conséquence, la commission déclare que la laïcité doit gouverner les écoles Françaises, et exige que la coercition, les abus sexistes, l'intimidation, la violence et l'ostracisme envers les filles Musulmanes dans les écoles publiques cessent. Reflétant les fractures qui s'élargissent dans la société Française (et en partie Européenne) au sujet de la race, la religion, la langue, la culture et l'ethnicité, les écoles sont devenues le nouveau terrain de bataille. On doit fournir aux étudiants, Musulmans, Juifs, Chrétiens et autres un espace sûr dans lequel ils peuvent étudier et être des étudiants français et citoyens de la république avant d'être membres de communautés religieuses. Ils ont besoin d'un endroit où apprendre et choisir comment ils vont manifester leur citoyenneté plus tard, en tant qu'adultes religieux ou non. Cette une position que je soutiens, étant donné le contexte.

Mais cela fonctionnerait-il aux Etats-Unis, une nation d'immigrés? Aujourd'hui les écrivains arguent que le fondamentalisme et les références religieuses obscurcissent aussi nos principes constitutionnels laïques. Par exemple, N. Kristof écrivit que "L'Amérique d'aujourd'hui est déchirée par un fossé religieux de méfiance7. D'une part, les Américains affirment de plus en plus dans les sondages, plus qu'en Europe par exemple, que 75% sont Chrétiens, que la plupart vont à l'église, qu'ils croient aux miracles et à la prière et que seulement 28% croient en l'évolution, d'autre part nous avons un président qui invoque Dieu dans ses discours, mêle des phrases bibliques à ses discours publics, et dit que le débat est encore ouvert sur la question de l'évolution. Le vice président envoie des cartes de vÏux affirmant que Dieu est à nos côtés. Le ministre américain de la justice affirme que le caractère de l'Amérique est "pieux et éternel, et pas civique et temporel"8 et le président Bush a critiqué publiquement la France pour sa séparation trop rigoureuse entre l'Eglise et l'Etat. Cela vint du chef d'un gouvernement qui est chargé de défendre la séparation entre l'Eglise et l'Etat, et pas critiquer ceux qui la pratiquent. C'est comme si laïcité était devenu une injure.

Quand Howard Dean était le favori, il fut forcé d'invoquer Dieu dans ses discours, de crainte de paraître trop séculier à la côte Est, et dès lors inéligible. On entend de plus en plus que le gouvernement Américain fut fondé par l'autorité divine plutôt que par la raison humaine (un principe du Siècle des Lumières), bien que la Constitution ne fasse délibérément aucune mention de Dieu et donna le pouvoir gouvernemental suprême à "nous le peuple". Bien que la constitution soit un document laïque et que les Etats-Unis soient une société séculière basée sur l'immigration, nous devons nous demander pourquoi le créationnisme est présenté côte à côte avec la théorie de l'évolution dans les écoles publiques et pourquoi un employé d'une des 100 compagnies les plus importantes aux USA ayant des connaissances en management m'a-t-il dit qu'il avait été engagé pour sauver des âmes et prêcher contre les sodomites, et pas pour remplir ses tâches d'employé?

Le défi continue d'exister, reconsidérez simplement à nouveau la situation de l'American Airlines à laquelle est faite mention ci plus haut - des passagers pris en otage, retenus à 35 000 pieds d'altitude par les messages religieux du pilote. Un professionnel des relations publiques parmi mes connaissances en fit référence comme "Ahab/Queeg le Capitaine du Dirigeable. Qui allez-vous appeler? Jesus Christ, Mohammed, ou Allah? Peu importe qui vous prêchez - Ramenez-moi simplement au sol!! Je dirai tout ce que vous voulez entendre. Ensuite, je ne volerai plus JAMAIS à bord de votre companie de cinglésÊ!!! "Comme il le fit remarquer, "aucune surenchère de parutions de presse de la "gestion de l'image"ni de pirouette au sujet de cet évident échec d'une société à maintenir sa laïcité, sans parler de sécurité ni de devoir -envers les consommateurs et autres actionnaires - n'y mettra un terme".

Bien que ce type de situation se manifeste différemment en France et en Europe qu'aux Etats-Unis, le besoin pressant de séparer moralité publique de moralité privée, le besoin d'éduquer et de faire valoir un 'code laïque' est crucial. Les Etats-Unis ont connu une longue histoire d'absorption d'immigrés, les acculturant au système de valeur constitutionnel et les intégrants dans la société. Nous avons aussi une longue tradition d'échecs à ce sujet, de l'esclavagisme au racisme, aux droits des femmes et des homosexuels. Cependant, durant ces luttes nous avons continué à aller de l'avant pour la reconnaissance de l'identité individuelle. Pour cette raison, je pense que, bien que ce soit un problème croissant, nous avons besoin de faire complètement le tour des notions abordées plus haut sur le pluralisme éthique et sur les politiques de conduites professionnelles telles que la tolérance zéro pour l'intolérance. Le fiasco de l'American Airlines est un exemple tant de l'échec à réguler le code de conduite qu'il souligne l'importance de la poursuite d'un projet constitutionnel sur les lieux de travail d'aujourd'hui.

En France, comme en Allemagne et partout en Europe, le défit est différent. Porter le voile dans les écoles publiques est un plus gros problème en raison de la vue communautaire qu'a l'Europe sur les immigrés (une communauté et pas des communautés d'immigrés). Ici, l'intégration des immigrés fait partie du dialogue continuel depuis les débuts.

Cependant, indépendamment de la location et de la situation, des explosions et des conflits continuent à avoir lieu. Dans beaucoup de nos écoles, de manière similaire au système Français, on a déjà instauré une réglementation qui interdit les formes d'appartenance à un groupe basées sur le style vestimentaire et institutionnalise le port de l'uniforme. Bien que je ne sois pas en train d'essayer d'identifier les symboles religieux à l'attirail des gangs, pour les directeurs le conflit reste similaire. La politique de tolérance zéro pour l'intolérance est un exemple de principe dans un code de conduite. C'est équivalent à la loi de 1989 en France interdisant les actes d'intimidation, de provocation, de prosélytisme, de propagande, ou les actes qui menacent la santé, la sécurité, la liberté des autres ou qui perturbent l'ordre social. Pour moi, si les entreprises continuent à soutenir le projet constitutionnel9 avec son code éthique et de conduite, ses systèmes de régulation et de justice, alors nous pouvons approfondir notre compréhension sur la manière d'appliquer le principe de politique de tolérance zéro sans que cela ne devienne un réflexe draconien qui mènera à un retour de flamme et à la nécessité de passer à l'étape suivante. Cependant, sans une éducation immédiate de la force de travail sur le projet constitutionnel, y compris ses valeurs, sa vision, son éthique, sa politique de tolérance zéro, les employés travaillent sans recherche de productivité et peuvent se sentir mal à l'aise à promouvoir des opinions 'hétérodoxes' (non orthodoxe et créatives). Comme je l'ai dit ici, cela peut permettre à des philosophies personnelles globales individuelles, telles que des morales intolérantes, de trouver leur voie dans les structures sociales du lieu de travail.

Pour cette raison je crois aussi que permettre la prière durant les pauses et à d'autres moments constitue un geste pluraliste positif, alors que fournir des pièces de conférence et autres facilités pour l'étude religieuse pas. Le premier est une adaptation mutuelleÊ; le second est un 'soutien de l'Etat'. Ce sont de complexes problèmes tactiques qui doivent être vus au travers d'un prisme stratégique de pluralisme éthique et de laïcité organisationnelle. Si on n'en fait pas une partie de la culture de l'entreprise, alors le malaise croissant autour de l'état de l'économie et de la montée des guerres d'identités, y compris le terrorisme et les conflits religieux, ne va faire que s'ajouter à un désir transcendant d'appartenance. Comme l'écrivit récemment Bob Herbert (N.Y. Times) "Le sentiment d'angoisse croît et a franchi les frontières. "Le peuple veut des réponses.

ENDNOTES

1 Gary Y. Adkins, Diversity Beyond The Numbers; Business Vitality, Ethics & Identity in the 21st Century, GDI Press, Long Beach, CA., pgs 89-106, 2003.

2 Peter Zagorin, How the Idea of Religious Toleration Came to the West, Princeton University Press, Princeton and Oxford, 2003.

3 Zagorin, pg. 1-7.

4 William A. Cook, "Faith Based Fanatics: The Other Intelligence Failure; ("Fanatiques de la Foi: l'Autre Echec Du bon sens ")", Counterpunch, February 14-15, 2004.

5 Cook, Ibid.

6 "Une foi, un loi, un roi" (ref: France www.france.com)
Cet adage traditionnel indique comment l'état, la société et la religion étaient lies ensemble dans l'expérience et l'esprit des gens. La distinction que nous avons maintenant entre public et privé, entre civique et personnel n'existait pas. La religion avait constitué la base du consensus social de l'Europe un millénaire durant. Depuis Clovis (481-511 PCN), la monarchie Française en particulier s'était liée à l'église - l'église sanctifiait son droit au pouvoir en échange de la protection militaire et civile. La France fut "la première fille de l'église"et son roi "le Roy très Chrétien", et nul n'aurait pu imaginer qu'il en aille autrement.
"Une foi"était considérée comme essentiel à l'ordre civil - comment pourrait la société tenir bon sinon? Et sans la bonne foi, plaisant à Dieu qui détient l'ordre naturel, on était certain du désastre. L'hérésie était trahison, et vice versa. La tolérance religieuse, qui nous semble être une qualité nécessaire dans la vie publique, était considérée comme équivalente à laisser les dealers de drogue emménager à côté et corrompre vos enfants, une vision pour le cynique et fatigué de la vie qui avait oublié Dieu et ne se préoccupait plus de la santé de la société.
L'innovation causa des problèmes.
Les choses étaient comme elles devaient être, et les idées nouvelles mèneraient à l'anarchie et la destruction. Personne ne voulait admettre être un "innovateur". La renaissance permit la redécouverte de temps plus purs et plus anciens, et la Réforme avait besoin de sentir que ce n'était pas neuf, mais juste un "retour"à la simple, vraie religion des débuts de la Chrétienté.

7 Nicholas D. Kristof, "The God Gulf", New York Times, January 7, 2004, Op Ed.

8 James O. Goldsborough, "Separating the Church from the State", San Diego Union-Tribune, January 5, 2004.

9 Gary Y. Adkins, Diversity Beyond the Numbers, pgs. 216-241.



Les éditions à venir de Diversity Praxis continueront à explorer ces problèmes ou d'autres en rapport avec les sujets fondamentaux du Journal.



Traduction par

Bruxelles
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